Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

samedi 22 juillet 2017

Mise en route de l'aéroport

La nouvelle tant attendue est enfin tombée : vous serez bientôt en mesure de venir passer quelques jours à Sainte-Hélène (séjour minimal : 7 jours) et les domaines nationaux à Sainte-Hélène pourront enfin être visités.  
Ci-dessous, j’ai résumé la situation à partir des informations que nous avons aujourd’hui à notre disposition.

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[Toutes les heures indiquées dans ce texte le sont en heure moyenne de Greenwich (UTC)]

La ligne régulière « Sainte-Hélène - Johannesburg - Le Cap » est enfin officiellement créée.
Elle est gérée par « SA Airlink », filiale de la South Africa Airline (SAA).

Un contrat de trois ans entre la SA Airlink et le Gouvernement de Sainte-Hélène a été signé le 21 juillet 2017. Après dix-huit mois d’attente, un accord a enfin été trouvé pour utiliser l’aéroport de Windhoek en Namibie comme zone de transfert entre Johannesburg et Le Cap en Afrique du Sud. Cet arrangement devrait satisfaire la plupart des demandes du public local et international.

L’avion brésilien, Embraer E190-100IGW sera l'appareil qui assurera ce service. À l‘occasion des vols d’essai effectués en décembre 2016 (vols Uitgebreide), cet appareil s’est avéré être le plus adapté aux vents contraires et autres turbulences fréquentes à Sainte-Hélène.

À ce jour, seuls les prix des billets et la date de la mise en route du service doivent encore être finalisés.



Les vols aller-retour  Johannesburg/Le Cap - Sainte-Hélène aura lieu une fois par semaine, le samedi.
Pour l’aller :
Johannesburg (JNB) →  Windhoek (WDH): 07:00-09:00
Cape Town (CPT) → Windhoek (WDH): 06:30 – 08:30
Windhoek (WDH) →  St Helena (HLE): 09:30 – 13:15

Pour le retour :
St Helena (HLE) →  Windhoek (WDH): 14:30 – 18:05
Windhoek (WDH) →  Johannesburg (JNB): 18:40 – 20:30
Windhoek (WDH) →  Cape Town (CPT): 19:05 – 21:00

Le nombre de passagers 

L'appareil utilisé limitera initialement le nombre maximal de passagers à 76. Ce chiffre est inférieur à 20 de celui initialement énoncé dans le document d'appel d'offre. Il a été nécessaire de réviser ce nombre à la baisse afin d’obtenir  un poids optimal pour permettre un atterrissage en toute sécurité même en cas de vent arrière sur la piste de Sainte-Hélène.

Allocation bagages

En classe économique, le passager sera autorisé à un bagage en soute de 20 kg maximum plus un  bagage cabine n’excédant pas 8 kg.
En classe affaires, le passager sera autorisé à un ou deux bagages de soute de 30 kg maximum plus deux bagages cabine n’excédant pas 8 kg chacun.

VOLS DE SAINTE-HÉLÈNE à l'île ASCENSION

Un vol aller-retour aura lieu le deuxième samedi de chaque mois avec l'île de l'Ascension. L'avion quittera Sainte-Hélène à 14h30 et la durée du voyage inter-îles se fera en deux heures.
L’avion restera la nuit à Ascension d’où il repartira le lendemain à 11h15 pour revenir à Sainte-Hélène à 13: 15, puis départ pour Windhoek le dimanche à 14h30.

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Ce sont là les points-clés de ce que nous savons. Toutefois, pour plus de renseignements, consultez la page officielle du Gouvernement de Sainte-Hélène : http://www.sainthelena.gov.sh/sa-airlink-to-provide-scheduled-air-services-to-st-helena-and-ascension-island/





mercredi 19 juillet 2017

Longwood... weather

Et bien entendu, comme (presque) toujours, Longwood est dans le brouillard.




Les Briars en hiver

Les années se suivent et ne se ressemblent pas.

Même aux Briars, il pleut !




2016 fut celle de la sécheresse. 2017 est le retour à la normale hélénienne : pluies de juillet à octobre... !!! même au Pavillon des Briars où les églantiers qui donnèrent le nom au domaine sont florissants.


jeudi 6 juillet 2017

Il y a deux cents ans... Les "immortelles"... souvenirs de Napoléon à Sainte-Hélène

À Calcutta, le 22 janvier 1817, Francis Rawdon-Hastings, comte de Moira, marquis d’Hastings Gouverneur-général de l’Inde rédigea une lettre adressée à son homologue/collègue de Sainte-Hélène, Sir Hudson Lowe. Pour faire plaisir à ses amies Lady Holland et Lady Jerningham, il lui annonçait que sa femme, Lady Moira, comtesse de Loudoun, souhaitait faire parvenir à Napoléon un paquet de graines d’immortelles qu’il confiât à un dénommé docteur Hare avec d’autres plantes pour le jardin botanique de Sainte-Hélène. (Source: Lower Papers, volume 20,118)



Ces immortelles ou helichrysum bracteatum arrivèrent le 14 juin 1817 à bord du Lady Campbell. Elles avaient été confiées au docteur Hare qui accompagnait le Lieutenant-Colonel Christopher Fagan, Juge et avocat-général au Bengale. Ce dernier rencontra Napoléon le 19 juin avant de s’en retourner à Londres.
Malheureusement pour Sir Hudson, l’avocat-général partageait avec les ladies Holland, Moira et Jerningham les mêmes idées libérales et ce fut avec colère que Sir Thomas Reade rendit compte à Lowe, que le Lieutenant-Colonel Fagan s'était rendu coupable d'un crime terrible en parlant de Napoléon comme de "Sa Majesté".




vue du plateau de Longwood depuis Deadwood

Depuis cette époque, les immortelles ont recouvert les plateaux de Sainte-Hélène et bordent les routes comme le souvenir d’un hommage des Britanniques libéraux qui s’opposaient à la décision de leur gouvernement conservateur de l’époque d’exiler Napoléon à Sainte-Hélène.  

vendredi 30 juin 2017

Il y a deux cents ans... Napoléon, Murat...

Ce que Napoléon pensait de Murat... 


Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe


Longwood
30th June 1817.

Dear Sir,

On the 13th of this month I shewed Mr. Maceroni[2]’s interesting parts respecting Joachim Murat to General Buonaparte who read the whole of it through in my presence with some little assistance from me.  In the course of the perusal, he made some occasional remarks.  With respect to Marat himself he observed “Non se piangera perche, era un traditore”.  Murat never had mentioned to him that he intended to defend his Kingdom of Naples by force against him, neither had he ever told him (Murat) that his intentions were to take it from him, and unite it to Italy to form one Kingdom, making him Constable of the Empire and heir thereof.  He certainly made an instrument of Murat to answer grand projects which he had in view with respect to Italy, and intended to dispossess him of the Crown of Naples, but the time was not yet come; and besides, he wants have given him a suitable indemnification.  Murat’s letter to Maceroni was a most ridiculous one, his interference that of a madman and “ha finito sua vita come un coglione". What had he to complain of the Emperor of Austria, who had behaved in the most generous manner to him – had offered him an asylum in his dominions subject to no other restriction than that of not quitting it without the permission which was right and necessary.  What more in good name could he have deserved in the actual state of things.  He himself would not have deserved more in England.  It was a return of good for evil, for Murat had endeavoured to do him all the mischief he could, had tried to deprive him of Italy, had published Proclamations “da coglione” against him, tending to excite insurrection amongst the Italians – had attacked his Troops without reason or judgment like a madman, and had engaged an expedition 
where his plans were so badly arranged, that he never could succeed in uniting even his Guard.  A more liberal generous offer than that made by the Emperor of Austria could not have been made by any power "Belle armée!" said he; “belle armée, indeed ; armée di cazzo !”. You know said he laughing what the Neapolitans are.
Lord Exmouth he said he thought had acted very fairly and honorably by candidly informing Murat, that he could receive him on no other terms than that of surrendering himself a Prisoner of War.  He also observed that he did not believe the statement that Lord Exmouth offered 1000 Louis for Murat’s apprehension.
Murat terminated his life to a madman, undertook an expedition “da coglione al foudo,” to invade Naples with two or three hundred Corsicans at the time that it was occupied by about 20,000 Neapolitans had even been desirous to rise, they would have been afraid of doing so.  He would be lamented by none though at the same time he observed that he was free from that double treachery imputed to him “Bisogna dir la verita”.  Murat had not any correspondence with him, or had not acted in the underhand manner ascribed to him.  That the papers, which had been shewn to prove that, had been falsified.
With respect to the assertions that the cavalry had been badly employed, and that the result would have been different had Murat commanded it, he observed that in that “non c'è mento disproposito”.  It was very probable – He could not be every where himself, and Murat was probably the best cavalry officer in the World.  He would have given more impetuosity to the charges.  There were so but very little to gain the day “enfoncer deux ou trois bataillons” and in all probability Mural would have done that.  He believed there were not to be found in the world two such officers as Murat for the cavalry and Drouot for the Artillery. Murat was a singular character.  Four and twenty years ago, when he was a Captain I took him for my Aide-de-Camp, and caused him to what he was.  He loved, I may say rather, adored me.  In my presence he was, as it were, struck with awe and ready to fall at my feet.  I did wrong ever to separate him from me, for without me, he was nothing.  He was with me a right arm.  Tell Murat to attack and destroy five or six thousand men, no such a direction, it was done in a moment, he was an imbecile without judgment, I cannot conceive how so brave a man could be “aussi lâche”.  He was no where brave unless before the enemy, there his boiling courage carried him into the midst of them covered with plumes and gold (couvert de pennes jusqu'à clocher) and he never returned without having his saber stained with the blood of some slain by his own hand.  Take him in the Cabinet he was a poltroon, an imbecile without judgement or decisions – on the presence of the enemy, a character a Don Quexote.  There Ney and him were the bravest men I ever witnessed.  Murat however was a much nobler character than Ney – Murat was a fine generous of a fellow Ney partook of the “canaglia”. However strange it may be to day, Murat thought he loved me, did me more mischief than any other man ever did, particularly since his return from Elba by attacking the Austrians contrary to his wish.
M. Joliclere so well spoken of by Maceroni,  who describes him as a good and honorable a character, he observed was neither one nor the other – that certainly he was a man greatly attached to him, but that he was a “birbante,” a man of the police, “you know” said he laughing “what kind of honor there gentry have.”
He concluded by observing that notwithstanding M. Maceroni had made it appear that he 
(Maceroni) had acted like a man of honor (s'avesse comportato da uomo d'onore) yet still he suspected him to be nothing very good son intrigante – a mongrel Englishman who, born in England, had an Italian name, is employed by Murat in Naples, afterwards by Fouche and by Metternich, knows every body, said he, shaking his head, “non ha l'aria di onesto nonao” you may depend upon it that he is an intrigante and very far from what he labours to make himself appear.

I have the honor &c.
(Signed) Barry E. O’Meara



Traduction

AU LIEUTENANT-GÉNÉRAL SIR HUDSON LOWE.
Longwood, 30 juin 1817
Cher monsieur,
Le 13 de ce mois, j'ai montré les « Faits intéressants touchant Joachim Murat » publiés par M. Maceroni, au général Bonaparte, qui a lu le tout en ma présence en se faisant un peu aider par moi. Cette lecture lui a fourni l'occasion de plusieurs remarques. Quant à Murat lui-même, il a dit :
«Non se piangera, perche era un traditoreMurat ne lui avait jamais donné a entendre qu'il voulût défendre son royaume de Naples par la force contre lui, et jamais, de son côté, il n'avait dit à Murat qu'il eût l'intention de le lui prendre pour l'unir au "reste de l'Italie et n'en former qu'un seul royaume, le créant connétable de l'empire en dédommagement. Murat était certainement pour lui l'instrument de grands projets sur l'Italie; son intention était bien de lui ôter la couronne de Naples, mais le temps n'était pas encore venu, et dans tous les cas il l'eût convenablement indemnisé. La lettre de Murat à Maceroni était on ne peut plus-ridicule, son entreprise celle d'un fou, et «ha flnito sua vitacorne un coglione,…[1]. Qu'avait-il à se plaindre de l'empereur d'Autriche, qui s'était conduit de la manière la plus généreuse avec lui et lui avait offert un asile dans ses États, sans autre restriction que celle de ne pas les quitter sans sa permission, restriction juste et nécessaire? Que pouvait-il, au nom du ciel, exiger de plus dans l'état actuel des choses? Lui-même n'en aurait pas demandé davantage en Angleterre. C'était rendre le bien pour le mal, car Murat avait essayé de faire tout le mal possible à l'empereur d'Autriche. Il avait tenté de lui enlever l'Italie ; il avait publié contre lui des proclamations de coglione, tendant à exciter des insurrections parmi les Italiens ; il avait attaqué ses troupes sans raison ni jugement, comme un fou, et il s'était engagé dans une expédition où ses plans étaient si mal conçus, qu'il ne put jamais parvenir à réunir même sa garde. Aucune puissance n'aurait pu lui faire une offre plus libérale, plus généreuse que celle de l'empereur d'Autriche. Belle armée! disait-il; belle armée, en vérité; armée di cazzo! « Vous savez, ajouta-t-il en riant, ce que sont les Napolitains. » Lord Exmouth avait agi, selon lui, en homme loyal et en homme d'honneur, en informant franchement Murat qu'il ne pouvait le recevoir à son bord que comme prisonnier de guerre. Il lui semblait impossible de croire que lord Exmouth eût offert mille louis pour la capture de Murat. Murat avait terminé sa vie en insensé; il avait entrepris une expédition « da coglione al fondo, » tentant d'envahir le royaume de Naples avec trois cents Corses, à une époque où il était occupé par vingt mille Autrichiens. Les Napolitains, en leur supposant l'envie de se soulever, n'auraient osé le faire. Personne ne le plaindrait; cependant il n'était pas coupable de la double trahison dont on l'accusait. «Bisogna dir la verita. » Murat n'entretenait aucune correspondance avec lui et n'avait pas agi en dessous main, comme on le lui imputait. Les papiers produits pour le prouver étaient falsifiés. Quant à l'assertion que la cavalerie avait été mal employée (à Waterloo), et que le résultat eût été différent si Murat l'avait commandée, il fit observer qu'en cela «non c' è mente disproposito ; » c'était très-probable. Il ne pouvait être partout lui-même; or Murât, qui était probablement le meilleur officier de cavalerie du monde, aurait donné plus d'impétuosité à la charge. Il fallait bien peu de chose pour gagner la journée, enfoncer deux ou trois bataillons; selon toute probabilité, Murât l'aurait fait. Dans son opinion, il n'y avait pas au monde deux officiers comparables à Murât pour la cavalerie et à Drouot pour l'artillerie. Murat avait un singulier caractère. «A vingt-quatre ans, lorsqu'il était simple capitaine, je l'avais pris pour aide-de-camp et élevé à ce qu'il était devenu. Il m'aimait, je devrais plutôt dire qu'il m'adorait. En ma présence il était, pour ainsi dire, frappé d'un respect religieux et prêt à tomber à mes pieds. J'eus tort de l'éloigner de moi, car sans moi ce n'était rien ; avec moi, c'était mon bras droit. Vous ordonniez à Murat d'attaquer et de détruire cinq à six mille hommes dans telle direction, en un instant la chose était faite. Il manquait tout à fait de jugement. Je ne conçois pas comment un homme si brave pouvait être aussi moralement lâche. Il n'avait de bravoure que devant les ennemis. Là, son bouillant courage l'emportait au milieu d'eux couvert de plumes et d'or (couvert de pennes jusqu'à clocher), et il ne revenait jamais sans que son sabre fût teint du sang de plusieurs ennemis tués de sa main. Dans le cabinet c'était un poltron, un homme sans jugement, sans décision; en présence de l'ennemi, un chevalier à la don Quichotte. Ney et lui étaient les hommes les plus braves que j'aie jamais vus. Murat cependant avait un plus noble caractère que Ney. Murât était un bel homme, généreux, ouvert; Ney tenait de la canaglia. Chose étrange à dire! Murât, quoiqu'il m'aimât, m'a fait plus de mal que personne au monde, surtout depuis mon retour de l'île d'Elbe, en attaquant les Autrichiens contre mon désir. M. Joliclerc, dont Maceroni dit tant de bien et qu'il représente comme un homme d'un si bon et d'un si honorable caractère, n'était ni l’un ni l'autre, mais un birbante « un homme de police. » « Vous savez, ajouta-t-il en riant, l'espèce d'honneur qu'ont ces gens-là. » Il conclut en observant que si M. Maceroni s'était donné à lui-même l'air d'avoir agi en homme d'honneur, s'avesse comportato da uomo d'onore, il ne l'en soupçonnait pas moins de n'être rien de bon, un intrigant, un Anglais métis, né en Angleterre et portant un nom italien, employé par Murat à Naples, ensuite par Fouché et par Metternich, «connaissant tout le monde, » dit-il en hochant la tête; « non ha Varia di onesto uomo. » « Vous pouvez en être certain, c'est un intrigant et tout autre chose que ce qu'il tâche de paraître.»


[1] Noie du traducteur. Ce mot italien, employé si souvent et dans des acceptions si diverses par Napoléon, ne fait que traduire ici l'expression contenue dans la phrase précédente:... « son entreprise fut celle d'un fou.» Murat déploya devant la mort son habituel courage, et Napoléon ne peut lui rendre-un plus beau témoignage à cet égard qu'en le mettant plus loin, au même rang que Ney, le brave des braves.




[2] Colonel Francis Maceroni (sometimes known as "Count Maceroni"), born Francis Macirone (1788–1846), was a soldier, diplomat, revolutionary, balloonist, author and inventor. Born the son of Peter Augustus Macirone, an Italian merchant and former school teacher living in England, Maceroni became a Colonel of Cavalry and served as aide de camp to Joachim Murat, the King of Naples during the Napoleonic Wars and fought with the Spanish insurgents in 1822-23 during the Trienio Liberal.

lundi 26 juin 2017

Sainte-Hélène entre en Résistance

extrait du site http://www.france-libre.net/saint-helene/ par By Sylvain CORNIL


Le Domaine français de Sainte-Hélène

Un souffle de Sainte-Hélène – outré par capitulation sans conditions – Suis à votre disposition – Conservateur au Domaine français de Sainte-Hélène.
COLIN

Télégramme de Georges Colin adressé au général de Gaulle, le 23 juin 1940 (RFL).

C’est dans ces termes que, le 23 juin 1940, M. Georges Colin télégraphiait à Londres au général de Gaulle.
En 1942, sur sa proposition du 14 mai, le Comité national l’administration des Domaines – les frais et l’entretien du domaine français de Sainte-Hélène, ce qui donna lieu aux échanges de communications rappelées ci-dessous :


N° 257 The Castle
Sainte-Hélène 12 septembre 1942

 Monsieur,

Je suis chargé par le Gouverneur de vous communiquer ci-dessous les extraits d’un télégramme reçu du secrétaire d’État.
Le Foreign Office ne fait aucune objection à ce que la France Combattante assume la responsabilité financière de l’entretien du domaine français de Sainte-Hélène. Il estime que la France Combattante en retirera un prestige considérable et il estime que ce changement n’affectera en rien la situation de ce domaine français de Londres décida d’assumer – au lieu et place de La France Combattante envisage que M. Colin rallie l’Angleterre et que Mme Colin resterait à Sainte-Hélène pour prendre en charge le domaine.
Estimez-vous que ce soit satisfaisant, sous la condition que la France Combattante garantisse le maintien de Mme Colin à Sainte-Hélène.
Suivant la conversation que Son Excellence a eue avec vous, elle se propose d’informer le secrétaire d’État qu’elle est d’accord avec cette proposition.
Son Excellence n’a pas l’intention de rendre publique cette décision, avant qu’elle n’ait été annoncée à Londres.

En transmettant ce texte, le lendemain 13 septembre, M. Colin, âgé de 60 ans, ajoutait :
Je me permets encore de renouveler mes demandes précédentes de servir la France Combattante en Afrique équatoriale.
Je ne pourrais pas rejoindre le mouvement de la France Combattante en Angleterre, ainsi que l’indique le câble adressé au Gouverneur, car j’ai passé un seul hiver en France – sans succès d’ailleurs – depuis vingt-trois ans.
Je désirerais partir directement en Afrique équatoriale française par le Sud-Afrique (voie la plus directe de nombreux cargos faisant le service Cape-Town, Pointe-Noire, etc.).
Je vous signale à toutes fins utiles que pendant la dernière guerre, le premier gardien a assuré l’entretien et la surveillance des deux domaines pendant deux ans ; j’ai dressé le deuxième gardien à la lutte anti-termite dans la vieille maison de l’Empereur qui demande une surveillance incessante.
Sous le contrôle de Mme Colin, l’entretien et le gardiennage du musée des domaines seraient assurés, Mme Colin pourrait effectuer les paiements et envoyer régulièrement chaque trimestre les états et pièces de dépenses dont j’ai toujours assuré le paiement à l’avance.
Ci-joint les pièces de dépenses des 2e et 3e trimestres 1942. En ce qui concerne leur remboursement, vous pouvez l’effectuer au trésorier-payeur du gouvernement de Sainte-Hélène par le Colonial Office.
J’attends vos instructions pour savoir si je dois informer Vichy du passage des domaines français sous votre autorité avec l’assentiment des autorités britanniques.
Mon traitement a été payé jusqu’à fin avril par la Légation de Pretoria, ainsi que le 1er trimestre de l’entretien et du gardiennage des domaines.
Si de l’argent me parvenait de Vichy, je le mettrais en dépôt à la Trésorerie de l’île.
G. COLIN

Le lendemain 14 septembre 1942, M. Colin écrivait à Son Excellence le Gouverneur de Sainte-Hélène pour lui préciser que :

Mme Colin ne pourra assurer et contrôler l’entretien et le gardiennage des deux domaines qu’avec les deux gardiens : le premier depuis quarante-cinq ans au service des Domaines, le deuxième depuis seize ans, et d’un aide-jardinier qui travaille depuis quatre ans. Les deux gardiens ont chacun un jardin dans les domaines, qu’ils cultivent et où ils récoltent les légumes pour leur famille ; l’aide-jardinier travaille un jour par semaine dans son jardin…
Mais quelques semaines plus tard, Mme Colin décédait et M. Colin dut renoncer à ses projets de rallier l’A.E.F. Il demeura à Sainte-Hélène pour assumer au nom de la France Libre, l’entretien du domaine français.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 126, juin 1960.


Un exil.... dans la paresse et la gaieté au Cap

L’absurde mission du commissaire prussien...

Afin de prendre « les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de la part de Napoléon Bonaparte contre le repos de l'Europe », le 2 août 1815, à Paris, un traité entre la Grande-Bretagne et l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie et la Prusse fut signé.

CONVENTION ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE, L’AUTRICHE, LA RUSSIE ET LA PRUSSE.

Le 2 août 1815, la convention suivante entre la Grande Bretagne, l'Autriche, la Russie et la Prusse, touchant
Bonaparte, fut signée à Paris :
« Napoléon Bonaparte étant au pouvoir des souverains alliés, LL. MM. le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, l'empereur d'Autriche, l'empereur de Russie et le roi de Prusse ont statué, en vertu des stipulations du traité du 25 mars 1815, sur les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de sa part contre le repos de l'Europe :
» ARTICLE PREMIER. Napoléon est considéré par les puissances qui ont signé le traité du 25 mars dernier comme
leur prisonnier.
» ART. 2. Sa garde est spécialement confiée au gouvernement britannique.
» Le choix de la place et des mesures qui peuvent le mieux assurer l'objet de la présente stipulation est réservé
à Sa Majesté Britannique.
» ART. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie et la cour royale de Prusse nommeront des commissaires
pour se rendre et habiter dans la place que le gouvernement britannique aura assignée pour la résidence de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être responsables de sa garde, s'assureront de sa présence.
» ART. 4. Sa Majesté Très-Chrétienne est invitée, au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer pareillement un commissaire français au lieu de la détention de Napoléon Bonaparte.
» ART. 5. Sa Majesté, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande s'oblige à remplir les engagements qui lui sont assignés par la présente convention.
» ART. 6. La présente convention sera ratifiée, et la ratification en sera échangée dans quinze jours, ou plus tôt,
s'il est possible.
» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, et y ont apposé le sceau de
leurs armes.

Fait à Paris, le 2 août de l'année 1815.
» Signé : Le prince DE METTERNICH,
Le comte DE NESSELRODE,
Lord ABERDEEN,
Le prince HARDENBERG. »

Après différentes nominations avortées, ces quatre nations communiquèrent les noms de leurs « Commissaires » à Sainte-Hélène.
Pour la France, ce fut Montchenu ; pour la Russie Alexandre [Antonovitch] Ramsay de Balmain ; pour l’Autriche, Barthélémy Stürmer et enfin, pour la Prusse, Johannes Ludwig Léopold Mund 


Les trois premiers commissaires arrivèrent à Sainte-Hélène le 17 juin 1816 à bord du Newcastle : le comte de Balmain, pour la Russie voyagea avec son serviteur Heinrich Peyle ; le baron Stürmer pour l'Autriche fut accompagné de son épouse et de Philippe Welle, un botaniste qui fut aussi son secrétaire, et le marquis de Montchenu, pour la France, avec le capitaine Gors, son aide de camp. 


Quant au dernier, le Prussien, faute de place à bord du Newcastle, il resta en rade en Grande Bretagne avec son secrétaire-botaniste Louis Maire. Londres s’excusa en ces termes: « Il regrette bien sincèrement de n’avoir pu remplir, pour le moment, les intentions de Sa Majesté le roi de Prusse à l’égard de ces messieurs »

Passionné de botanique dont c’était d’ailleurs le métier, Johannes Mund exprima alors le désir d’aller à Sainte-Hélène avec son adjoint en passant par le Cap de Bonne-Espérance où ils pourraient faire des recherches scientifiques avant d’embarquer pour Sainte-Hélène. La cour de Berlin accepta « que ces Messieurs se rendissent de Sainte-Hélène par le cap de Bonne-Espérance ».

Les deux botanistes arrivèrent donc au Cap de Bonne-Espérance au mois d’août 1816 en ne devaient y passer qu’une seule année. Toutefois, les deux hommes se plurent tant en Afrique du sud qu’ils oublièrent leur mission de Commissaire du Roi de Prusse à Sainte-Hélène dont ils touchaient cependant les émoluments.

Ce ne fut qu’à la fin de 1818 que la cour de Prusse commença à s’interroger sur ces diplomates d’un genre un peu particulier… par l’entremise du Gouverneur de la Colonie du Cap, Lord Somerset, on parvint à les retrouver (grâce, précisément aux versements de leurs salaires que la banque Rothschild à Paris leur envoyait). Ils demandèrent – et obtinrent – quelques mois de plus en Afrique du sud pour accomplir leur mission botanique.  
Ils réussirent le tour de force de repousser sans cesse leur départ pour Sainte-Hélène en « oubliant » même d’envoyer à Berlin les résultats de leurs recherches sud-africaines et autres collectes d’échantillons et herbiers. Ce ne fut cependant qu’en 1821, avec la mort de Napoléon, que la cour de Berlin rompit leurs contrats.  

En attendant, les deux hommes auront bien profité des cinq années d’exil de Napoléon à Sainte-Hélène : George Thom, dans ses descriptions de la Colonie sud-africaine, va même jusqu’à nous dire que « les collectionneurs de la Prusse passent leur temps dans la paresse et la gaieté au Cap, et sont désormais tombés encore plus bas que tout autre colon ».


Protea Mundii

Mieux encore, les deux hommes resteront dans l’histoire en donnant leurs noms à des plantes.
Mund pour Protea mundii, Helichrysum mundtii, Bupleurum mundtii, Scolopia mundii, Thaminophyllum mundii, Leucospermum mundii, Otholobium mundianum, Phoberos mundii and Afrocanthium mundianum.

Et Louis Maire qui s'était instalé à Graaff-Reinet, pour trois espèces d’asters qui, depuis, ont étaient débaptisées zyrphelis. 

dimanche 25 juin 2017

Longwood House, premier soir d'hiver.

L'hiver arrive à Longwood... 





Il y a deux cents ans... des fleurs jaunes.

Avec l’hiver qui arrive, le jaune des fleurs devient la couleur dominante sur le plateau de Longwood.






Les gerberas qui recouvrent désormais les plates-bandes de Longwood House avaient été introduite en 1819… et provenaient du Cap.   

Vue du plateau de Longwood depuis Mulberry's Gut


Cet après-midi, je suis allé me promener dans la vallée sise à l’est de Longwood House nommée Mulberry. Le plateau était recouvert des immortelles dont les graines avaient été envoyées, avec des pots de confitures et autres « douceurs », livres et journaux, à Madame Bertrand par Mesdames Holland et Jerningham en 1817. 

vendredi 23 juin 2017

il y deux cents ans... les enfants français nés en exil

les enfants nés à Sainte-Hélène de parents français : 





Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe

Dear Gorrequer,

As far as I can assertain, I answer your questions as follows –

Countess Bertrands Child Born   17 Jany 1817
Countess Montholon Child Born   19th June 1816
Jeannette                         Child Born   2nd June 1817
Countess Bertrands nurse Mrs. Dixon – here about a Fortnight before here confinement.

Madame Montholon had a wet nurse Mrs. Murray, a Mulatte woman a few days after her confinement. Chinaman came here 12th or 13th May – lives with his Bretheren under the Hill receives nothing from the House.

Yours ever
(Signed) T. Poppleton

23rd June 1817

Longwood

vendredi 2 juin 2017

Pièces commémorative 2013 "The Napoleonic Wars"

Lors de mon dernier passage en France, Yves Lorent a eu la gentillesse et la générosité de m’envoyer une pièce commémorative britannique de 2013 représentant Longwood House et une scène de vie de l’Empereur aux Briars.




Paradoxalement, ces pièces commémoratives émises en Angleterre qui ont pour thème Sainte-Hélène sont introuvables sur l’île.



Merci Yves pour cette délicate attention. 

mercredi 31 mai 2017

Il y a deux cents ans.... une armée sur pied, pour intimider la canaille





Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe

31st May 1816.

We observed that we considered it necessary not to yield too much to the People, nor as if it had been done by fear, that a parliamentary reform we thought one of the most dangerous thing would be consented to – once grant that, We said and God knows how far things may go on perhaps to a revolution.  Perhaps it was necessary that the Habeas Corpus Suspicion Act[1] might be required at a time and also that an army should be kept up for some time in order to indermediate the  canailles but He considered that Suspension as only a topical remedy and one which if used without General remedies which would act upon the constitutional disease might prove repellent  and dangerous by driving the complaint upon noble parts that the only radical remedy would be one which would offer the constitution that is to say relieve the misery that existed – this could only be done by getting a part for our manufacturers and by those who hold the sinecures giving them up.
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Cette page a été utilisée dans « the Voice… » d’O’Meara et traduite en 1822[2] :
[3][J'ai donné à Napoléon la traduction d'une lettre qui a paru dans le Courrier, qu'il m'avait demandée; et, après l'avoir lue, il prétend qu'elle a été écrite par le gouverneur lui-même, et que l'apparente incorrection d'une partie n'est qu'un moyen d'en cacher le véritable auteur.]

Il parla alors longtemps de la situation de l'Angleterre, observant qu'il ne faut pas trop céder à la volonté du peuple, ni lui laisser croire que les concessions qu'on lui fait sont amenées par la crainte; que, peut-être, la suspension de l’habeas corpus serait pour quelque temps une mesure convenable, à l'aide d'une armée sur pied, pour intimider la canaille. «Mais, a-t-il dit, je ne considère cela que comme des topiques qui, si on ne les emploie avec des remèdes généraux, agissent sur la maladie constitutionnelle d'une manière contraire, et  deviennent répercutifs et dangereux, en portant le mal vers les parties nobles. L'Angleterre peut être comparée à un malade dont l'état exige que le cours de la maladie soit détourné par l'usage du mercure. Le seul remède efficace est celui qui attaquera le mal en sa racine ; c'est-à-dire qui fera cesse la misère qui existe. On ne parviendra à cela qu'en procurant un débouché à vos manufactures et en réduisant les dépenses. Dans ce cas, les ministres devront donner eux-mêmes l'exemple du désintéressement, en renonçant aux sinécures, etc.





[1] Wikipédia : L’ordonnance ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l'arbitraire qui permet d'arrêter n'importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée dans les jours qui suivent devant un juge.
Ses origines remontent à la Rome antique avec la provocatio, qui en est le précurseur, et son principe moderne naît dans l’Angleterre du Moyen Âge. Depuis, elle a été renforcée et précisée de façon à apporter des garanties réelles et efficaces contre la détention arbitraire par l’Habeas Corpus Act (« la loi d’Habeas Corpus ») de 1679. Devenue un des piliers des libertés publiques anglaises, elle s’applique dans les colonies et reste au xxie siècle présente dans la plupart des pays qui appliquent la common law. Aux États-Unis, elle a valeur constitutionnelle, ne pouvant être suspendue qu’en temps de guerre. En revanche, au Royaume-Uni, elle est restée strictement anglaise, ne s’appliquant ni en Écosse, ni en Irlande du Nord.
[2]  Barry E. O'Meara, Napoléon en exil ou l'écho de Sainte-Hélène, ouvrage contenant les opinions et les réflexions de Napoléon sur les événemens les plus importants de sa vie recueillies par son dernier chirurgien, Imprimerie de Constant-Chantpie, 1822
[3] Texte qui n’apparait pas dans le rapport adressé à Lowe








Lorsque la France Libre rencontre l’exil napoléonien, par Jean Mendelson

À l’occasion des activités liées au bicentenaire de l’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, Son Excellence l’Ambassadeur, Jean Mendelson était venu à Sainte-Hélène au mois d’octobre 2015 en qualité de représentant du Ministre des Affaires étrangères et du Développement international de la République française.  
À cette occasion, celui qui avait été directeur des Archives du Ministère des Affaires étrangères de 2006 à 2010 s’intéressa au livre d’or des domaines nationaux. Féru d’histoire, il s’arrêta plus longuement sur une page bien particulière.
Lors de notre dernière rencontre à Paris, il nous a présenté ses notes sur cette page qui l’intrigua. Sans son érudition et son immense curiosité, cette analyse m’aurait totalement échappée.
Merci Jean pour cette précieuse étude.



Ce qui attire le plus mon regard, ce sont les pages dans lesquelles la France Libre rencontre l’exil napoléonien. A la date du 15 septembre 1940, je découvre avec émotion les signatures suivantes :
« A. Patou, lieutenant de vaisseau, dissident » ;
« C. Burin des Roziers, lieutenant de vaisseau, Français libre » ;
« J. de Paray, commissaire de 1ère classe, et déserteur »;
« P. Michaut, enseigne de vaisseau, Français libre »;
« G. Delaunay, enseigne de vaisseau, Pour Notre France libre »;
« d’Estienne de Chateauvieux, commandant le 1er groupe marin ».


La date du passage de ce groupe marin, et la définition différente que chacun des signataires se donne, indiquent qu’il doit s’agir de marins parmi les premiers à avoir rallié la France Libre. En tout cas, le premier signataire est sans doute le futur amiral et chef d’état-major de la marine André Patou. Ce dernier se trouvait en effet à Alexandrie au début de l’été 1940, et avait rejoint l’Angleterre et les Forces navales de la France Libre en passant par Le Cap ; il conduira le général de Gaulle en Normandie le 14 juin 1944, et sera fait Compagnon de la Libération ; le second signataire doit être le futur amiral Claude Burin des Roziers ; pour le quatrième, j’ai trouvé trace à Alexandrie, sur le même croiseur Tourville que Patou, d’un enseigne de vaisseau, Pierre Michaut, « mort pour la France » en 1942 dans le Golfe du Mexique à bord du sous-marin Surcouf. Quant à leur commandant, il doit s’agir ni plus ni moins de « celui qui croyait au ciel » immortalisé par Aragon dans La Diane française (La rose et le réséda) aux côtés de « celui qui n’y croyait pas », Gabriel Péri. Car Honoré d’Estienne d’Orves se trouvait, lui aussi, à Alexandrie lors de l’armistice, et il avait choisi de rejoindre la France Libre en adoptant le nom d’une aïeule, Chateauvieux ; dès décembre 1940, il partira en mission en France occupée, sera fait prisonnier le mois suivant et fusillé en août 1941, puis fait Compagnon de la Libération à titre posthume. Tant d’histoires et de symboles se croisent dans ce livre d’or de Sainte-Hélène !



A la même page, je découvre une lettre bouleversante, sur papier libre, adressée à Georges Colin, qui fut l’agent consulaire de France à Sainte-Hélène entre 1919 et 1945. Je la retranscris ci-dessous telle quelle :
« Jamestown, le 3 mai 1942 (on remarque un timbre de la France libre : un V en bleu marine sur fond bleu ciel, un nuage blanc sur la pointe gauche du V, un coq rouge sur sa branche droite).
Cher Monsieur Colin,
Avant de lever l’ancre, je tiens encore à venir vous adresser un remerciement ému pour l’affectueuse, encourageante réception que vous avez su ménager à des Français exilés de leur pays depuis de si longs mois. Grâce à vous, nous avons pu nous retremper dans cette patriotique atmosphère que vous avez su garder autour de Sa tombe. Comme vous et bien d’autres vrais Français de France, nous regrettons que l’on n’ait écouté les Poètes qui eussent voulu qu’on Le laisse ici : Il n’aurait pas subi cette salissure de la sentinelle teutonne à Sa tombe.
Croyez en tout cas que tous à bord nous sommes fiers de faire un peu pour aider à ce que cet ‘’étron germanique’’ soit balayé de notre Paris.
Pardonnez-moi cette audace de style et croyez-moi, avec mon état-major et mon équipage, en toute communauté de foi patriotique avec vous. Je vous serre bien amicalement la main et présente encore mes respects à Madame (signature peu lisible : « le capitaine Carron » (?) ; suivent les signatures de chaque membre de l’équipage du Capo Olmo).


Le Capo Olmo est un navire marchand italien qui a une histoire très particulière. En provenance d’Amérique du Nord chargé de marchandises pour l’Italie, il avait fait escale à Marseille au début de juin 1940, quelques jours avant le fameux « coup de poignard dans le dos », la déclaration de guerre de l’Italie mussolinienne à la France alors envahie par les armées allemandes. Saisi aussitôt par l’autorité maritime du port de Marseille, il fut considéré comme prise de guerre et intégré à un convoi maritime français pour l’Afrique du Nord ; nommé à la tête de ce navire qui n’eut pas même le temps d’être débaptisé, le commandant Vuillemin recruta de nombreux marins - parmi lesquels le futur général Jean Simon, plus tard Grand chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, et l’administrateur colonial Pierre Messmer, futur Premier ministre sous la présidence de Georges Pompidou - et, à peine en haute mer, parvint à quitter le convoi pour rejoindre Gibraltar, où il eut toutes les peines du monde à convaincre les autorités britanniques de ne pas saisir ce bâtiment « ennemi », car considéré comme italien. Le Capo Olmo, transformé aux chantiers de Liverpool en un cargo de transports de troupes, fut ainsi le premier bâtiment de la France Libre - sa cargaison, destinée à l’origine à l’Italie, fut vendue et servit aux finances d’une France Libre encore balbutiante - ; il devait sillonner l’Atlantique pendant tout le conflit en échappant jusqu’au bout, par miracle, à la flotte allemande.

Jean Mendelson

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Pour plus de renseignements, à lire la page relatant l'escale dans : 

Honoré d'Estienne d'Orves

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